EQUATEUR 2000 : Des Andes à l'Amazonie

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Jueves, 10 de Agosto : La minute papillon

Le perroquet vert de la maison nous fait son festival : Pascal ayant entamé un long dialogue avec lui, il semble mettre un point d'honneur à être la star de ce petit-déjeuner-spectacle.

Mais l'aventure nous attend. Vers 9h, nous retraversons la rivière pour une nouveau périple en forêt. Il fait un peu moins chaud qu'hier et quelques rayons de soleil filtrent par moment à travers nuages et canopée. L'idéal pour observer l'arbre-fakir (utilisé comme râpe), l'ivoire végétal (la "tagua"), quelques libellules, l'enlacement vénéneux des ficus et de leur liane vampire, un petit mille-patte (seulement cent pattes), des chenilles à poil long (ne pas toucher !), et quelques fourmis volantes.

Maintenant prêts pour survivre en forêt primaire (au moins dix minutes), nous descendons d'un pas sûr (sshccriikk.....PLOUF !!!) vers un petit cours d'eau claire que nous allons descendre jusqu'à notre rivière favorite. Le monde est injuste : certains ont des bottes qui vont jusqu'aux genoux, mais deux d'entre nous (dont moi, bien sûr) ont des petites bottes (mais bon, je me plains pas, celles de Dominique sont jaune vif ! Manque plus que le ciré pour aller à la pêche aux moules...). En deux secondes, nous sommes alourdis de quelques litres d'eau supplémentaires. De toute façon, les nombreux passages un peu plus profonds mettent tout le monde à égalité. Heureusement, l'eau est claire et juste à bonne température pour nous rafraîchir un peu...il suffit juste de s'arrêter tous les 20m pour enlever les graviers qui donnent l'impression de marcher sur une planche à clous...Mais assez avec les détails bassement matérialistes.
D'autant que le parcours est superbe : arbres et lianes s'entrecroisent au-dessus du cours d'eau, de grands papillons bleus (les magnifiques Morphos) virevoltent au-dessus de nos têtes, mais aussi des jaunes, des rouges, des blancs (ou alors, ce sont les hallucinations mentionnées dans la notice du Lariam). Autre vue un peu plus inquiétante : quelques araignées de taille...disons...respectable, sur le bord de l'eau.

Ah, les belles lianes ! Nous nous essayons à jouer les tarzans pour passer d'une rive à l'autre...avec plus ou moins de succès...les uns lachant trop tôt (plouf !), les autres trop tard (attention à l'arb...désolé).

La fin d'après-midi est plus calme : après la sieste, nous allons chercher un peu d'or. La recette est relativement simple :

Oro !
Ingrédients :
  • 3 kilos de vase fraîche
  • 1 chapeau chinois en bois
  • 1 photographe
Préparation :
  • Mettre les 3 kg de vase fraîche dans le chapeau chinois, aller jusqu'à la rivière, y plonger le tout en donnant un mouvement circulaire au chapeau. La boue doit s'évacuer par les côtés.
  • Evacuer manuellement les gros cailloux.
  • Continuer à tourner jusquà ce qu'il ne reste presque plus rien au fond.
  • Sortir le tout de l'eau et regarder si ça brille. Si c'est argenté, c'est de la limaille de fer et ça ne vaut rien. Si c'est doré, ce sont des paillettes d'or et ça ne vaut rien non plus, vu que ça ne dépasse pas le dixième de microgramme...mais au moins, on est content.
  • Demander au photographe de prendre un cliché de ces machins minuscules. C'est la phase la plus délicate, car le photographe doit avoir du bon matériel pour immortalliser cet instant...car c'est le seul souvenir qu'il vous restera : les minuscules paillettes ne pouvant finir qu'égarées au milieu de vos 30kg de bagages, entre chaussettes sales et short boueux.
Proverbe amazonien :
Quand le sage montre de l'or
Le touriste photographie le doigt

Les plus courageux se lancent dans la descente du fleuve en bouée, les autres optent pour douche et hamac. Une petite heure plus tard, nous voyons les boueux...euh...les boués...bref, les bouéeux arriver en ordre dispersé : si Pascal et Christian semblent maîtriser la situation, Dominique a l'air d'aimer ça et paraît vouloir se lancer dans la première traversée du continent avec ce moyen de transport. Quant à Florence, elle a visiblement confondu avec le ski nautique et arrive solidement aggripée à la pirogue. Rien qu'à voir çà, c'est épuisant. Vite, une autre sieste.

Le repas du soir est pris rapidement : le groupe de français qui vient d'arriver doit manger au second service...et ils mettent tant de coeur à massacrer les classiques de la chanson française que nous avons tous hâte qu'ils aient la bouche pleine ! Après cela, c'est à nous de nous la jouer "feu de camp". Eduardo et ses collègues ont préparé un jerrycan (bah oui, je crois que c'et le terme approprié) de 4 litres de "guayusa", une boisson propre du Canelazo, mais avec des feuilles de guayusa à la place de la canelle. C'est excellent, et cela lance moult discussions. En plus, il y a quelques étoiles filantes ! (ou alors, la guayusa a des propriétés qui ne sont pas décrites dans la notice)
Ainsi, c'est vers 23h (à la fin du jerrycan) que nous allons nous coucher. La guayusa est sans doute le meilleur remède contre les mygales !

Viernes, 11 de Agosto : Tierra Canela

Retour vers les Andes

Pirogue du matin... pieds dans le bain
Dès 7h30, nous faisons nos adieux au perroquet et embarquons pour Misahualli. Petit contretemps : en arrivant à l'embranchement avec le Rio Napo, il n'y a plus assez d'eau pour continuer. Nous voilà contraints de descendre pour faire un petit bout de chemin à pied. Nous retrouvons notre pirogue remise à flots cent mètres plus haut.
Nous allons à contre-courant, ce qui nous laisse un peu plus de temps pour admirer le paysage : la brumeuse silhouette bleu-gris des premiers contreforts des Andes s'élève derrière le rideau vert de la forêt. On aperçoit notamment le cône d'un magnifique volcan. Les appareils photos s'activent.

Arrivés à Misahualli, nous opérons les derniers ajustements à nos sacs, faisons nos adieux à Eduardo et sa mère (qui tient l'agence), et grimpons dans le bus. Un dernier coup de chapeau à Eduardo qui -voyant que je n'en trouvais pas à acheter- me fait don d'un paquet de feuilles de guayusa, la fameuse boisson dont il m'avait donné la recette la veille.

Le chauffeur du bus a les yeux rouges et quasiment fermés. Heureusement, il ne risque pas de se tromper de route. De plus, il arrive à croiser sans aucun problème (avec au moins deux centimètres de marge) les autres bus ou poids lourds qui nous croisent...donc pas (trop) d'inquiétude.

Au menu du déjeuner à Tena : poulet et riz !!!
A Quito Quito Quiiitoooo ! Nous voilà partis pour 5h et demi de route. Notre chauffeur semble être DJ occasionnel et nous gratifie de ses K7 maison. Ca commence par une compil remixée allant d'Ace of Base à "We can dance", en passant par UB40. Au bout de deux fois, ça commence à lasser...heureusement, à mi-chemin, il change pour "Tierra Canela". C'est plus typique et tout le monde aime ça (d'ailleurs, nous l'aurons presque deux fois également !).
La route monte continuellement. Le bus voir un flot continu d'enfants revenant de l'école et de gens du coin avec des sacs qui font "côôôt côôt". Nous passons finalement le col de Pappallacta (4000m) vers 16h. La petite échoppe qui s'y trouve est en pleine effervescence : tout le monde descend s'acheter un petit (ou un gros) quelque chose à manger. Un empanada au fromage dans l'estomac, nous amorçons notre descente sur Quito, dans un paysage magnifique, qui n'est pas sans rappeler les Highlands écossais (sauf qu'il n'y a pas de volcans en Ecosse, je sais... Mais bon, il y en avait peut-être avant, hein ! Qu'est-ce qu'on en sait ?).

De retour à notre bon vieil hôtel Embassy, nous posons nos affaires et partons pour la course aux derniers achats, dans l' "Amazonia Avenue" toute proche. Musique, affiches et autres souvenirs de dernière minute viennent alourdir nos sacs à dos.
C'est enfin l'heure du dîner au "Rincon del Gaucho", resto argentin dont Thierry nous a fait l'éloge. Il est vrai que la viande (argentine) y est excellente, surtout avec un bon vin chilien. On y goûte pour finir plusieurs digestifs : le chichon (pas de méprise : cela se boit et a un fort goût d'anis), le mélange chichon/cognac (plus doux et plus équilibré, très bon), et enfin l' "Espiritu del Ecuador", liqueur très parfumée (et très sucrée, bien sûr ! Sinon, il serait où, l'esprit de l'Equateur ???).

Pour finir la soirée, Thierry nous recommande un bar cubain où salsa, merengue et autres musiques latino rendent l'ambiance électrique. Il fait chaud et humide : je ne sais si du à l'excellente qualité du groupe, aux Mojitos ou à la proximité des toilettes, mais ça bouge beaucoup. Quelques uns ont la pêche (plus qu'au Fuya-Fuya, n'est-ce pas Nathalie ?), les autres sentent le poids de la fatigue peser sur leurs épaules, et finissent par initier un mouvement de repli peu après minuit.
En sortant, plusieurs gamins nous proposent des fleurs et d'autres babioles. Mais ce manège n'est pas inncocent : les gamins en question essaient de s'emparer du sac-banane de Marie, ce qui serait sans doute arrivé sans l'intervention de Dominique et la présence du reste du groupe. Maintenant qu'on a échappé de justesse aux ennuis, il est temps d'aller se coucher.

Sabado 12 y Domingo 13 de Agosto : Volvemos a Casa

Dès 6h, je suis debout pour...finir mes denrières cartes et faire mes sacs. Notre dernier jus de goyave avalé, nous partons pour l'aéroport où Thierry, sa fille Tamia et Dominique nous accompagnent pour une dernière randonnée...dans le supermarché du coin, avant de prendre congé.

Nous retrouvons en salle d'attente nos collègues de "l'autre côté", qui ont choisi le pacifique océan du même nom plutôt que la mystérieuse Amazonie et avec qui nous échangerons nos impressions au cours de ce long voyage, qui sera l'occasion de quelques découvertes culinaires, parmi lesquelles une recette qui vient du fond des âges : l'entremet à...à...à je sais franchement pas quoi. Le truc le plus proche qu'il m'ait été donné de goûter était la chicha, chez les artisans indiens (voir à Mardi 1er août). En tout cas, ce dessert suscite...disons...la perplexité. Seule Claudie, ma voisine du Pacifique, parvient à en manger une moitié. J'ai peur que même Pascal n'en soit pas venu à bout !
Dormir en avion étant aussi facile que dans une camionnette équatorienne, nous arrivons à Paris l'esprit et le regard encore dans les hauteurs.

En conclusion...

Que retenir de cette quinzaine ?
La gentillesse des équatoriens ?
La beauté des reliefs (pour peu qu'on arrive à les voir) ?
Un peu de vocabulaire primordial pour la vie de tous les jours : osos de anteojos (ours à lunettes), jugo de babaco (jus de babaco) ?
Les bus locaux et leur musique ?
Les couleurs des marchés et des tissus ?

Tout cela et bien plus encore...

Depuis, la vie quotidienne a repris. Seuls quelques détails attireront l'oeil de l'ethnologue averti : je gratte encore frénétiquement mes jambes pour soulager quelques instants les piqûres d'insectes (qui ne sont pas des moustiques, je sais, Thierry, mais ça gratte quand même !!!) et mon auto-radio émet régulièrement des "Tierra...Canela". J'hésite encore à mettre des autocollants de la Vierge Marie sur mon pare-brise et à coller une moumoute rouge sur mon tableau de bord. Quant à la laisse qui pendouille pour le klaxon, je ne crois pas que ce soit au catalogue des options chez Peugeot, et si je hurle "A QUITO QUITO QUIIITOOO" en sortant du parking, mon concierge va avoir une crise cardiaque.

De toute façon, beaucoup de choses ne peuvent être reproduites, ni même retranscrites. Néanmoins, je suis persuadé qu'il restera à tous de ce voyage beaucoup de choses et que ses échos résonneront aussi longtemps que le murmure d'un bâton de pluie dans l'aéroport de Roissy...

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